Origine et histoire de la Saline royale
La saline royale d'Arc-et-Senans, construite entre 1775 et 1779 sous le règne de Louis XV, est une ancienne usine de production de sel conçue par l'architecte Claude-Nicolas Ledoux. Implantée près de la forêt de Chaux, elle était destinée à transformer la saumure extraite des salines de Salins-les-Bains, acheminée par un saumoduc de 21 km. Ce projet ambitieux visait à moderniser la production de sel, alors essentiel pour la conservation des aliments et soumis à la gabelle, un impôt royal.
Le choix du site fut motivé par sa proximité avec la forêt de Chaux (source de bois pour le chauffage), la plaine de la Loue, et une altitude permettant l'acheminement gravitaire de la saumure. Ledoux imagina d'abord un projet monumental en forme de carré, rejeté pour son coût et son symbolisme excessif. Le plan final, en demi-cercle de 370 mètres de diamètre, intégrait ateliers, logements ouvriers, et une maison directorial centrale, reflétant une vision utopique d'une cité industrielle autarcique.
La construction débuta en 1775, avec une première pierre posée le 15 avril, et l'exploitation commença dès 1779. Le saumoduc, innovation technique majeure, était constitué de troncs de sapins évidés (« bourneaux »), remplacés progressivement par de la fonte au XIXe siècle. Malgré des fuites estimées à 30 %, il permettait d'acheminer 135 000 litres de saumure quotidiennement. Le bâtiment de graduation, long de 496 mètres, concentrait la saumure par évaporation avant son traitement dans les « bernes », où elle était chauffée dans des poêles pendant 48 heures.
La saline, bien que conçue pour produire 60 000 quintaux de sel annuellement, n'atteignit jamais ce rendement, avec un maximum de 4 000 tonnes par an. Après la libéralisation du marché du sel en 1840, elle fut vendue aux enchères en 1843. Son déclin s'accéléra avec la concurrence du sel marin et la pollution des puits, entraînant sa fermeture en 1895. Classée Monument Historique en 1926 et restaurée à partir de 1930, elle fut inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982.
L'architecture de Ledoux, marquée par des colonnes doriques, des frontons et une symétrie rigoureuse, mêlait fonctionnalité industrielle et symbolisme. La maison du directeur, avec sa chapelle intégrée, dominait l'ensemble, tandis que les logements ouvriers (berniers) et ateliers (maréchalerie, tonnellerie) formaient un demi-cercle harmonieux. Le projet initial de Ledoux, une cité idéale en cercle complet, inspira plus tard des aménagements paysagers pour achever symboliquement cette utopie.
Aujourd'hui, la saline abrite un musée dédié à Ledoux, des expositions temporaires, et un centre culturel. Elle accueille également des événements comme le Festival des Jardins et des master-class musicales. Son saumoduc, partiellement conservé, et ses bâtiments restaurés témoignent de son rôle pionnier dans l'industrie et l'architecture des Lumières.